30.06.2006
Brésil-France: de battre les coeurs vont s'arrêter
FRANCFORT (AFP) - Des millions de coeurs vont s'arrêter samedi (21H00) pour ce qui n'est pas un simple match de football mais un vrai sentiment, un carrefour d'émotions héritées de l'histoire, le souvenir encore brûlant d'une nuit d'ivresse: Brésil-France, quart de finale du Mondial-2006.
Un premier tour mal maîtrisé et un 8e de finale +de la muerte+ ont remis sur la route des Bleus l'adversaire fétiche, celui qui fait rêver, "la définition du football" selon Lilian Thuram. Un match avec lequel seul un France-Allemagne de Coupe du monde pourrait rivaliser. Et encore.
"C'est une rencontre que tout joueur aimerait disputer, résume Patrick Vieira. Il y a tout: de l'excitation, des grands joueurs, un beau stade et une place en demi-finale! Pour nous, c'est magnifique, c'est un rêve."
"C'est un match que nous n'avons pas envie de démythifier, reprend le sélectionneur Raymond Domenech. Au contraire, on envie de la vivre comme l'évènement exceptionnel qu'il est."
Parce qu'il n'y a jamais eu un France-Brésil quelconque en Coupe du monde -trois buts d'un gamin de 17 ans prénommé Pelé en 1958, un spectacle inoubliable dans la fournaise de Guadalajara en 1986 ou les deux coups de tête magiques de Zinédine Zidane en 1998- celui-là ne va pas déroger à la règle.
Car Zidane, celui qui avait crucifié la Seleçao le 12 juillet 1998, vit peut-être son dernier match de joueur de football et le peuple auriverde clame vengeance. Mais aussi parce qu'en passant l'obstacle brésilien, la France trouvera toutes les raisons de croire que l'histoire est un éternel recommencement, que pour "ZZ" tout pourrait se finir là où tout avait commencé, en soulevant la Coupe. Simplement.
Et comme les plus grandes générations du football français ont écrit les plus belles pages de leur histoire contre la Seleçao, la nouvelle vague française, emmenée par un Franck Ribéry décomplexé, voudra aussi peut-être montrer qu'elle existe déjà, ou qu'elle entretient la flamme.
Depuis la nuit du 12 juillet 1998, les routes qui ont permis aux Brésiliens et aux Français de se recroiser n'ont pas été les mêmes.
Quand la Seleçao, sacrée en 2002 et qui reste sur onze victoires consécutives en Coupe du monde, a pris la voie royale, les Bleus, éliminés au premier tour en 2002 sans gagner ni marquer et vainqueurs de deux matches sur quatre en 2006, ont emprunté des chemins de traverse.
Si bien qu'aujourd'hui le Brésil est clairement favori.
C'est un peu ce que le Brésilien Juninho, joueur de Lyon, résume en disant: "Pour la France, en ce moment, ce serait un grand résultat d'être dans le dernier carré, pour le Brésil, ce serait un mauvais résultat".
Et dans une situation où les Bleus ont sauvé leur Mondial en estoquant l'Espagne (3-1) alors que les Brésiliens n'ont pas paru avoir commencé le leur, la pression n'est sûrement pas sur les épaules françaises.
"Ce n'est pas un match Zidane-Ronaldo, c'est France-Brésil", affirme aussi Juninho, le plus français des Brésiliens, à l'adresse de ceux qui voudraient faire de l'évènement une affaire de personnes, ou de personnages.
Les Brésiliens se sont d'ailleurs bien gardés de tomber dans les travers des Espagnols, auteurs d'un crime de lèse-Zidane avant leur match, ce qui a agacé au plus haut point le Madrilène d'adoption, qui s'est fait un plaisir de leur porter un coup d'épée fatal et final.
"J'espère beaucoup que ce sera le dernier match de Zidane", a juste timidement affirmé Mario Zagallo, le coordinateur technique de la Seleçao, qui était sur le pré contre Just Fontaine et Raymond Kopa à Solna en 1958 (!), s'empressant de souligner que le Français est "un merveilleux joueur".
Pas d'excès de zèle brésilien non plus au sujet d'une hypothétique "revanche" de 1998, pourtant ardemment souhaitée, de Rio de Janeiro à Sao Paulo.
Le sélectionneur Carlos Alberto Parreira la joue profil bas: "Il n'y a pas de climat de revanche, et personne n'y pense dans l'équipe".
Ronaldo, Roberto Carlos et Cafu n'ont toutefois pas l'intention de laisser Barthez, Zidane, Thuram et Vieira (seulement entré en jeu) revivre le scénario irréel de 1998 et comptent bien remporter la toute première victoire de leur carrière face à la France.
La Seleçao n'a en effet plus gagné face à la France depuis 1992, en amical à Paris (2-0). Elle peut bien attendre encore un peu.
21:52 Publié dans Sport | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note






Écrire un commentaire