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11.07.2006

Espoirs déçus

Ronaldo et le Brésil auront été LA déception de ce Mondial  (Reuters)

Ils sont venus en Allemagne plein de rêves en tête avec une belle réputation en bandoulière, ils ont vu et ils sont… repartis la tête basse. Petit tour d’horizon des déceptions de ce Mondial.


La baudruche brésilienne
Tout le monde l’annonçait belle, grande et forte. Son équipementier avait déjà commandé un nouveau maillot avec la 6e étoile floquée dessus. On annonçait même des risques de sérieuses avaries en défense pour les formations qui se dresseraient sur sa route. Au final pourtant, la Seleçao n’aura principalement fait des dégâts que dans le cœur de ses supporters. A l’image d’un quatuor offensif qui n’aura fait des misères qu’aux pauvres Japonais (4-1). Et si après leur première sortie, Ronaldo fut le principal accusé des difficultés en attaque des Auriverde, la suite allait surtout mettre en lumière la pauvreté totale du fonds de jeu sud-américain. Avec un Ronaldinho fantomatique, un Kaka aux accélérations aussi foudroyantes que sporadiques et un Adriano visiblement aussi concerné par ce Mondial que pour son dernier tournoi en pupilles, le Brésil n’a ainsi jamais réussi à développer des mouvements dignes de ce nom, ne proposant à la place que des exploits personnels. Ronaldo en a certes profité pour battre le record de buts inscrits dans cette compétition, établi par Gerd Muller, avec 15 réalisations. Mais à côté de cela… Une nouvelle fois, la Seleçao a échoué contre sa bête noire française en quarts de finale (0-1) et finalement, amusant paradoxe, seule sa défense aura à peu près convaincu les amateurs.

Du jeu, vous avez dit du jeu ?
En parlant d’amateurs, pas sûr que ceux-ci se soient réellement régalés lors de ce Mondial allemand. En effet, à l’image d’un Euro 2004 déjà guère folichon, la parole a été donnée à la défense lors de ce mois qui vient de s’écouler. Pour un festival argentin contre la Serbie, combien de purges footballistiques tels que les Angleterre-Equateur et Suisse-Ukraine des 8es de finale ? Comme tout, le monde du ballon rond évolue. Malheureusement, il n’est pas certain que cela s’effectue dans le bon sens. Trop de sélections ont ainsi fait preuve d’un attentisme pour le moins excessif, avec un leitmotiv : pour aller loin, ne surtout pas se découvrir d’un fil ! Ensuite, qu’une équipe telle que Trinité-et-Tobago opte pour une tactique frileuse, cela apparaît presque comme normal au vu de ses moyens. Mais que des formations telles que l’Angleterre, la Suisse ou l’Ukraine fassent un choix identique à de quoi dérouter et décevoir. Maintenant, cette évolution est aussi due aux choix de sélectionneurs adeptes de milieux renforcés et de défenses solides. Quitte à ne laisser bien souvent qu’un seul homme en pointe, récupérer des miettes. Pour le spectacle en revanche, il est vivement conseillé d’attendre des jours plus heureux…

Et ils sont où les buteurs ?
Rooney, Pauleta, Shevchenko, Van Nistelrooy, Ibrahimovic, Trezeguet… Tous ces noms réunis laissent rêveur. Pourtant, à eux six, ils n’ont inscrit que… trois buts durant cette compétition, dont deux pour le seul Ukrainien. Soit deux de moins que le seul Miroslav Klose. Sans revenir sur le faible total de buts de ce millésime 2006, une chose est sûre : si le beau jeu était rarement de sortie en Allemagne, les buteurs, eux, étaient franchement aux abonnés absents. Après, chacun peut voir midi à sa porte et se trouver des excuses. Rooney revenait de blessure. Shevchenko n’évoluait pas dans l’une des équipes les plus attrayantes de ce Mondial. Pauleta a souvent attendu des ballons qui n’arrivaient jamais, la faute au soliste Cristiano Ronaldo. Enfin, les trois derniers ont davantage fait banquette que couru sur les vertes pelouses allemandes. Du coup, la course au soulier d’or du meilleur buteur n’a guère donné lieu à un sprint excitant, puisque le total de Klose était déjà suffisant en quarts de finale.

Satanées blessures
Alors qu’un Mondial a lieu tous les quatre ans, certains joueurs, et non des moindres, ont eu le malheur d’entamer cette compétition blessé, diminué ou plus simplement à court de compétition. L’Angleterre a ainsi payé un lourd tribut à la malchance. Privé de Rooney lors de la première rencontre, en raison de sa fracture à un métatarse, Eriksson pensait s’appuyer sur un Owen lui aussi à court de forme. Avant que le joueur de Newcastle ne se blesse à nouveau gravement au genou, laissant l’équipe britannique bien démunie surtout que Beckham terminait sa Coupe du Monde la larme à l’œil, en raison d’une lésion au tendon d’Achille droit qui l’handicapait déjà depuis quelques temps. Résultat, l’Angleterre disparaissait en quarts de finale en laissant une impression d’immense gâchis. Même constat personnel pour Totti, mais pas le même sur le plan collectif. En effet, si le joueur romain est apparu loin de son meilleur niveau, la Squadra Azzurra a su s’accommoder de sa méforme pour décrocher son 4e titre mondial.

L’Afrique décapitée
Dans quatre ans, l’Afrique accueillera sa première Coupe du Monde en Afrique du Sud. Quatre années que les Africains vont devoir mettre à profit pour progresser d’une part, et réfléchir à un mode de qualification qui donne la part belle aux grosses équipes. Car cette édition 2006 en Allemagne n’aura guère souri à ses représentants, dont quatre étaient novices à ce niveau : le Togo, l’Angola, la Côte d’Ivoire et le Ghana. Et si les deux premiers ont été là où on les attendait, c'est-à-dire pas bien haut, le 3e, lui, a séduit offensivement. Mais un manque d’expérience évident, couplé à un groupe très relevé, n’ont pas permis aux coéquipiers de Didier Drogba d’éviter un retour prématuré au pays. Finalement, l’honneur aura donc été sauvé par les Ghanéens, qui se sont extirpés d’un groupe délicat avant de chuter contre le Brésil. Car le dernier larron, la Tunisie, aura fortement déçu. Dans un groupe pourtant à sa portée, la formation de Roger Lemerre aura mené plusieurs fois au score sans parvenir à tenir le résultat, même contre la modeste Arabie Saoudite. Une bien triste performance…

Du lourd très léger
Y-a-t-il une vie après un 6-0 ? Pour les Serbes, la réponse est évidemment non. Ceux que l’on présentait comme redoutables en défense auront finalement encaissé la bagatelle de 10 buts en trois rencontres, sauvant ainsi la moyenne de réalisations par match. Mais pour leur bourreau d’un jour, l’Argentine, ce score fleuve n’aura pas eu non plus les effets bénéfiques escomptés. En effet, peut-être trop sûr d’eux, les Gauchos allaient disparaitre tristement en quarts de finale, face à l’Allemagne, au terme d’une rencontre qu’ils avaient en main avant que le coaching inintelligible de Pekerman ne fusille leurs ambitions lors de la séance de tirs au but. Une déception au moins aussi grande que le Brésil.

Dans une moindre mesure, l’Espagne aura démontré une fois de plus sa capacité à partir comme un sérieux outsider, avant de s’écraser dès les matches à élimination directe venus. Néanmoins, le jeune âge de la plupart de ses membres est annonciateur d’un bel avenir pour les Ibériques. Pour la République tchèque en revanche, cette élimination au 1er tour sonne comme la fin d’une époque. Pavel Nedved et compagnie n’auront donc jamais réussi à s’imposer sur l’échelon planétaire, la faute cette année à des blessures (Koller, Smicer, Baros) qui ont mis au grand jour le manque de banc d’une sélection talentueuse. Mais trop vulnérable pour un Mondial.

Par Cédric Callier

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